La famille Schwartzmann

La famille Schwartzmann a été arrêtée au cours de la rafale du 27 janvier 1944, la rafle la plus importante dans tout le département de la Marne, qui a conduit 62 Juifs de l'agglomération de Reims-Tinqueux à Drancy.

Ce jour-là, vers 7 heures du matin, la rue Gutenberg de Tinqueux, où habitaient cette famille, a été bouclée par des Feldgendarmes surgis de deux camions et de plusieurs voitures, pour les arrêter.
Le père, Michel Schwartzmann, qui se trouvait déjà sur son lieu de travail, à la menuiserie Charlet 23, rue de Bezannes à Reims, était arrêté lui aussi. Son patron voulait lui donner de l'argent pour sa famille mais un gendarme allemand a rétorqué :
 « Non, ce n'est pas la peine », l'autorisant seulement à fournir une couverture à Monsieur Schwartzmann.

Les parents et les enfants Schwartzmann ont été conduits à la prison de Reims où ils ont été internés pendant deux jours, puis ils ont été transférés en autobus au camp de Drancy.

Au cours de ce transfert, Madame Schwartzmann est parvenue à jeter un morceau de papier par la fenêtre de l'autocar, sur lequel elle avait écrit que sa famille était emmenée pour une destination inconnue.

À Drancy, on leur a coupé les cheveux et on les a " désinfectés ".

Michel a été séparé du reste de la famille.

Une maigre nourriture servie dans une gamelle. Cinq jours après son transfert à Drancy, la famille Schwartzmann a été déportée par le convoi n° 67 du 3 février 1944, arrivé à Auschwitz le 6 février. Ce convoi comportait 20 wagons. Dans chacun de ces wagons étaient entassées 60 personnes.

Michel Schwartzmann, né à Ouman en Russie en 1893, avait émigré en France et s'était engagé dans l'armée française pendant la 1ère Guerre Mondiale.

En 1916, il avait été naturalisé français.

En 1918, au cours d'une permission, il avait épousé Henriette MOSCHKOWITZ à Vincennes. Henriette Schwartzmann est née à Reims en 1898.

La famille Schwarzmann, demeurant à Tinqueux rue Gutenberg, ne s'est jamais fait remarquer par l'absence du port de l'étoile juive.
Léa Schwartzmann a accepté d'accorder à la journaliste, Isabelle HORLANS, un entretien qui a été publié dans le quotidien L'Union du 26 janvier 1995.

« C'était une fin d'après-midi. Le train s'est arrêté et les portes se sont brutalement ouvertes. J'ai eu soudain la sensation d'arriver sur une autre planète, avec les cris, les hurlements, les aboiements des chiens – j'ai toujours eu peur des chiens – l'impressionnante stature des SS, les hommes en rayé qui ramassaient nos affaires et qui restaient obstinément silencieux. Je me revois encore aider ma mère, mes frères et mes sœurs à descendre du wagon.
Je revois mon père disparaître dans la cohue. Ce jour là je l'ai perdu. Il a été englouti par la foule, sans même que je m'en rende compte. Je n'ai jamais su avec précision ce qui lui est arrivé. Je suppose qu'il n'est jamais entré au camp, qu'il a été envoyé tout de suite à la chambre à gaz.
Avant même que j'ai pu réaliser, nous avons été mis en rang et nous avons marché, machinalement, jusqu'au grand portail du camp.
Les SS ont alors effectué une première sélection. Moi, juste avant, je ne sais pourquoi, j'ai été séparée du reste de la famille. C'est alors que ma mère, qui se trouvait dans l'autre groupe, a fait signe à Suzanne, ma sœur aînée, de venir me rejoindre, afin que je ne reste pas seule. Maman a eu juste le temps de nous dire « À ce soir », et elle est partie avec ses dix enfants autour d'elle, vers les camions.
Durant la première nuit, nous avons entendu des femmes hurler...
Le lendemain matin, tôt, au premier appel, j'ai vu le crématoire, j'ai senti l'odeur de la chair brûlée et, à ce moment-là, j'ai compris.
Lorsque les portes des wagons se sont ouvertes, des centaines de déportés sont tombés des wagons, morts.
Je me souviens avoir vu arriver un jour des milliers de gitans qui avaient disparu le lendemain. Gazés.
Certains jours, les gardiens nous réveillaient à 2 heures du matin et à chaque fête juive, ils nous obligeaient à nous déshabiller, et nous étions examinées nues par des « docteurs » qui sélectionnaient parmi nous celles qui étaient envoyées à la chambre à gaz, et celles qui retournaient travailler.»